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© Geert Vandepoele
Publié : 31 January, 2024

Portrait de Majid Bekkas, artiste attaché à l'africanité de la musique marocaine

 


Musicien et directeur artistique du festival Jazz au Chellah à Rabat, Majid Bekkas est un magicien des rencontres musicales. Un de ses albums intitulé "Al Qantara", le pont en arabe, résume bien sa volonté d’établir des passerelles musicales entre les continents et en premier avec l’Afrique. 

 

Par Rita Stirn pour Sitanews 

Réalisation : 11 janvier 2024 à Rabat

 

 Ancrage et mobilité

 

« Je suis né à Salé et je vis toujours à Salé », dit Majid Bekkas, le musicien devenu globetrotteur qui revient toujours à ses racines. Salé est une ville populaire qui jouxte Rabat, la capitale du royaume. Majid affirme avoir tout appris dans cette ville qui lui a fait découvrir une variété de styles musicaux, notamment la musique de la confrérie gnaoua jouée dans les lila ou cérémonies nocturnes. Cette confrérie représente le lien du Maroc avec l’Afrique par son style musical mystico-religieux fait de chants responsoriels, de danses et de transes. Ses membres sont les descendants d’anciens esclaves ayant gardé un savoir ancestral de guérisseurs et la pratique de la transe collective. Les Gnaouas jouent essentiellement de trois instruments dont le guembri (instrument en peau de chameau, à trois cordes), les qraqab (doubles cymbales à main, en fer) et le tbal (tambour). Les rythmes polyrythmiques sont comparables à ceux des musiques du Golfe de Guinée et Majid Bekkas a choisi de jouer du guembri, le symbole du son gnaoua, pour faire le lien avec l’Afrique de ses ancêtres de Zagora. 

 



 

Le dernier album réalisé en 2020 s’intitule Joudour, ce qui veut dire « Racines », en arabe, c’est le fil conducteur de sa création musicale, mais aussi de sa personnalité artistique. Même en étant devenu un artiste d’envergure internationale avec la réalisation de dix-huit albums, Majid Bekkas aime revenir jouer en toute modestie au club de Jazz du Pietri à Rabat, devant ses fans de la première heure et ses amis, pour retrouver comme ce 20 janvier 2024, un ancrage quasi familial au Maroc mais aussi pour le partage et la transmission de sonorités résolument acoustiques mais néanmoins innovantes.

 

Rencontres musicales et engagement à vie

 

Quel est le secret de la longévité de la carrière de Majid Bekkas ? Comme en témoigne son ami Abdallah El Ouinkhir qui le suit depuis 1996, « son exploration des sonorités dérivées de la musique du continent africain l’a amené vers la musique Soul, le Blues et le Jazz, et toutes les fusions qui en découlent. Sa trajectoire musicale et sa créativité découlent de cette quête ».

 

Ainsi sa carrière est faite de rencontres et d’influences multiples à commencer par celle du pianiste de Jazz Afro-américain, Randy Weston, dont le père, originaire de Jamaïque, l’incitait à retrouver la source africaine du Jazz. Ce grand jazzman se passionne pour la musique gnaoua, il y trouve ses propres racines et ne cessera de les explorer. Il effectue une tournée au Maroc en 1967, se lie d’amitié avec des maitres de la musique gnaoua (Maalem) et s’installe à Tanger où il fonde un club de Jazz. 

 

En 1977 Randy Weston participe au Festival FESTAC de Lagos au Nigeria. C’est une rencontre déterminante pour le jeune musicien Majid Bekkas qui comprend le besoin de suivre ses racines, de revenir à la source africaine de la musique du Maroc. Randy Weston et Majid Bekkas ont tous deux fait une traversée musicale transatlantique, mais dans un sens opposé, Majid Bekkas crée son premier groupe de Soul et de Blues, reprend le répertoire d’ Otis Redding et adopte un look afro-marocain, tandis que Randy Weston compose un album avec des rythmiques gnaouas qu’il intitulera Tanjah (Tanger) ,un autre sous le titre  The Spirit of Our Ancestors, (l’Esprit de nos ancêtres) inspiré de son séjour au Maroc.

 

A partir des années 1980, Majid Bekkas découvre la musique africaine avec Touré Kounda, Fela, Salif Keita, Ali Farka Touré, mais c’est aussi le début d’une carrière de fonctionnaire au ministère de la Culture de Rabat. Toutefois pendant ce temps, Majid pratique en autodidacte la guitare, le banjo et le guembri, puis il prendra des cours de guitare classique au Conservatoire de Rabat. Une double vie musicale et professionnelle vient de commencer.

 

En 1996, il est nommé directeur artistique du festival Jazz aux Oudayas à Rabat. Un concept novateur financé par l’Union Européenne, qui réunit des musiciens marocains et européens en un projet musical conjoint à concrétiser sur scène lors du Festival. C’est à présent Jazz au Chellah qui a pris la relève à Rabat mais le directeur artistique est toujours Majid Bekkas. (Rendez-vous à Rabat du 9 au 12 mai 2024).

 

En 1997, un premier cap est franchi hors du Maroc, Majid Bekkas se produit en soliste au guembri au Festival de Jazz à Mulhouse en France, puis à Wuppertal en Allemagne où il fait la rencontre de Jazzmen internationaux comme le saxophoniste allemand Peter Brötzmann, une collaboration musicale s’amorce et durera jusqu’à la mort du saxophoniste en 2023.



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L’année 1998 marque une étape décisive dans le paysage musical marocain avec la création du Festival gnaoua d’Essaouira par André Azoulay, le conseiller du Roi, mais aussi grâce au pianiste américain Randy Weston qui avait fait connaitre internationalement la musique gnaoua par les albums qu’elle lui avait inspirés. Majid Bekkas trouve sa voie et un style qui lui est propre : « J’ai appris les pratiques gnaouas dans mon passé et je suis musicien. J’ai créé un jeu au guembri qui peut accompagner toutes les musiques occidentales ».

 

Un ancrage au Maroc et une ouverture à des rencontres musicales innovantes vont tracer la carrière de Majid Bekkas. Ces rencontres internationales de Majid aboutissent à l’enregistrement d’albums comme Passport to Morocco avec le saxophoniste allemand Klaus Doldinger renccontré à Montreux en 2006 puis à la formation d’un trio avec le célèbre pianiste de Jazz Joachim Kûhn et l’album Kalimba sorti en Allemagne en 2007 avec le batteur espagnol Ramon Lopez que Majid retrouve pour l’enregistrement de Out of the Desert en 2009 et pour Chalaba en 2011 sur un label allemand ACT. Ce trio existe toujours et le pianiste Joachim Kühn, qui approche des 80 ans, dit qu’il ne se déplacera plus qu’au Maroc pour jouer sur scène avec Majid Bekkas. 

 

Lien important

https://jazzmania.be/majid-bekkas-le-

 

 

Créativité et fidélité 

 

Pour les tournées internationales Majid Bekkas reste fidèle aux quatre musiciens et danseurs gnaouas qui l’accompagne sur scène et qu’il a eu l’occasion d’emmener au Festival de Jazz de Montreux en Suisse de même qu’en tournée au Japon ou à la Nouvelle Orléans aux Etats-Unis. Il s’entoure tout aussi fidèlement de musiciens du continent africain comme Bassekou Kouyate, le joueur de Ngoni, du Malien Check Tidiane Seck, d’Ali Keita au balafon, d’Ablayé Cissoko à la kora, de Khalid Kouhen à la darbouka ou de Karim Ziad à la batterie ou encore d’Emile Biayenda à la batterie pour une tournée en trio en 2024 avec le pianiste français François Raulin. Le batteur américain Hamid Drake l’a accompagné au Festspielhaus de Berlin en 2022. Le clarinettiste Louis Sclavis est également un de ses complices qui interprète régulièrement sur scène Sahara Blues, un morceau composé par Majid Bekkas. 

 

Selon Igloo Records, le label belge, Majid Bekkas est le créateur de l’African Gnawa Blues et l’ambassadeur des Couleurs Jazz, titre de l’album éponyme.



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Pendant le confinement en 2020 Majid Bekkas a vécu entouré de tous ses instruments et s’est montré extrêmement créatif comme chanteur, polyinstrumentiste (guitare guembri, kalimba, ngoni, buzuki, banjo), compositeur et arrangeur pour produire son album Joudour en 2022 dont le journal Le Monde écrit : « C’est une fête nomade, elle porte un souffle de liberté, rayonne de lumière joyeuse même s’il chante un monde sans paix ni vie sereine » Et complétons par Télérama qui dit  à propos de Majid Bekkas: « Il retourne aux sources, l’esprit en fusion .., fougue et groove sont au rendez-vous ».

 

Majid Bekkas est désormais un habitué du festival de Jazz de Saint Louis au Sénégal. Il a également participé au festival de Jazz de Conakry en 2023. Par ailleurs Il lui tient à cœur de favoriser l’essor de jeunes musiciens et musiciennes comme les solistes au guembri, Asmaa Hamzaoui et Hind Ennaira  pour les  produire à Jazz au Chellah.

 

Un concert de Majid Bekkas n’est jamais très loin de chez vous ! A vos calendriers pour soutenir une musique live acoustique et innovante, une musique devenue universelle.

 

Facebook : majidbekkasofficiel

JAZZ au CHELLAH 2024 #jazz au chellah

 

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